Les PME en panne de marge

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Nicolas Quint Nicolas Quint

article sous licence CCSelon les mesures de l’INSEE, le taux de marge des entreprises, après un petit rebond de 1% en 2011,  a à nouveau plongé de 1,5% en 2010. Les sociétés non financières ont ainsi eu un taux de marge de 28,6% l’an dernier. Juste avant la crise, ce taux culminait à 31,7%. Trois petits points qui peuvent faire toute la différence entre profits et pertes pour les PME. Le plus haut taux de l’après-guerre date de 1989 avec 32%. Le plus bas, quant à lui, avait été atteint suite au premier choc pétrolier avec 23,1% (1981). Le niveau actuel est le plus bas depuis près de 30 ans (1985). Et est inférieur de 10 points au taux allemand qui, par ailleurs, augmente. Si l’on regarde ce qui s’est passé il y a 30 ans, on peut en tirer des enseignements pour la situation d’aujourd’hui.
En 1974, le taux de marge des entreprises est de 28,4% avec un taux d’investissement de 21,7%. Le choc pétrolier va augmenter considérablement les coûts d’achats des entreprises (directement ou via leurs fournisseurs). Un choc qui ne sera pas répercuté sur les salariés dont le pouvoir d’achat (via les salaires) augmente jusqu’en 1983 au même rythme que la productivité. Ce sont donc les entreprises qui trinquent avec des taux de marge qui baissent de 5 points en 7 ans. En 1983, les résultats nets cumulés des entreprises françaises sont négatifs, les dépôts de bilan se multiplient. Le taux d’investissement a baissé de 3 points, grevant la compétitivité future. La situation n’est plus tenable. Jacques Delors va donc mener une politique contre-nature pour la gauche de « désinflation compétitive », c’est-à-dire que pour le reste de la décennie 80, le pouvoir d’achat des salariés augmente (nettement) moins vite que la productivité. Les entreprises retrouvent en 1988 un taux de marge tenable et l’investissement ré-augmente dès 1987.
La situation est relativement similaire aujourd’hui. Les médias parlent beaucoup des effets de la crise mais ils sont concentrés sur les chômeurs et les précaires. Le pouvoir d’achat des salariés a augmenté depuis le début de la crise plus vite que la productivité. Ce qui veut dire que les entreprises serrent leurs marges pour payer des salaires égaux ou en hausse. La productivité n’a pas encore trop souffert (baisse de 1,5 points) mais cela ne tardera pas. Nous sommes assez proches du point équivalent à 1983 où l’équation deviendra impossible pour les entreprises. Est-ce à dire que Pierre Moscovici sera le nouveau Delors ? Rien de moins sûr. En effet, dans les années 80, la conjoncture permettait de freiner la hausse des salaires sans trop stopper la croissance, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. De plus, la hausse de la productivité est presque nulle ce qui laisse peu de marge de manœuvre.
Il faudra malgré tout que le gouvernement prenne en compte ce chiffre de taux de marges et la situation qu’il reflète.

Laisser les PME se battre avec trop peu de marges signifierait des licenciements ou des dépôts de bilan voire les deux à la fois. Il est impératif d’aider les PME à investir pour ne pas obérer toute possibilité de reprise future. Les organismes parapublics comme OSEO, le FSI ou la Caisse des Dépôts doivent également être sur la brèche pour le crédit ou l’apport en fonds propres comme aux pires heures de la crise. Enfin, la fiscalité doit être adaptée pour permettre aux PME de passer cette période.

Plus globalement, les bénéfices, notamment pour les PME, ne doivent plus être vus comme des anomalies mais au contraire comme le signe et le moyen d’une bonne santé présente et future et qui seront au service de l’emploi et de la croissance.

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1 Commentaire

  • Pour completer l’article interessant de Mr QUINT, je vous propose une définition se rapportant au taux de marge que j’ai repris de l’encyclopédie libre wikipidea.

    Le taux de marge désigne le pourcentage de gain (ou de perte) réalisé par une entreprise ou un secteur économique, calculé en comparant le gain (ou la perte) au cout d’achat ou de production. Il en existe deux définitions variant en fonction du contexte.

    1. Comptabilité

    En comptabilité, le taux de marge mesure le pourcentage de la valeur ajoutée conservé par les entreprises après versement des coûts salariaux et des impôts liés à la production. Il se calcule en divisant l’excédent brut d’exploitation (EBE) par la valeur ajoutée : Taux de marge = EBE/VA * 100

    Le taux de marge est supérieur au taux de profit puisqu’il faut encore y retrancher les amortissements, le paiement des frais financiers sur les emprunts, et l’impôt sur les sociétés.

    2. Entreprises

    En comptabilité d’entreprise, le taux de marge se calcule en divisant la marge commerciale par le cout d’achat hors taxe des marchandises vendues.

    Taux de marge = (Prix de vente HT-cout d’achat HT)/coût d’achat HT * 100
    = marge commercial/coût d’achat HT * 100

    Le cout d’achat des marchandises vendues est calculé en prenant le compte « 607 – achat de marchandises – », auquel on retranche le compte « 6097 – RRR[2] obtenus sur achat de marchandises – », et auquel on retire[3] ou ajoute [4] la variation des stocks de marchandises.

    Par exemple, si un magasin achète une marchandise 200 €, puis la revend 250 €, alors son taux de marge est de 25 % (((250 – 200) / 200) * 100).

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